"Le Liban est plus qu'une patrie ,il est un message pour l'humanité" Le Pape Jean-Paul II

mardi, mars 13, 2012

BENOÎT XVI AU LIBAN DU 13 AU 16 SEPTEMBRE

Benoît XVI au Liban du 13 au 16 septembre

Le pape Benoît XVI sera au Liban du 13 au 16 septembre prochain, apprend-on de source informée. Le souverain pontife passera trois nuits et quatre jours au Liban, dont il profitera pour remettre aux représentants des Églises catholiques du Moyen-Orient le texte de l’Exhortation apostolique issue de l’assemblée spéciale du synode des évêques qui s’était tenu en octobre 2010 au Vatican. Ce synode était consacré à la situation des chrétiens en Orient. Le séjour au Liban du pape sera marqué, en particulier, par une rencontre avec les principales personnalités religieuses non chrétiennes du Liban et une messe en plein air, le dimanche 16 septembre.
Source:L'Orient Le Jour

lundi, décembre 26, 2011

Majida El Roumi Christmas Concert - Les Anges dans nos Compagnes

lundi, juillet 18, 2011

LES ECHANGES CULTURELS ENTRE LA FRANCE ET LE LIBAN :UNE PERSPECTIVE

Les échanges culturels entre la France et le Liban : une perspective

Les orientalistes français ont donné à la relation entre la France et l’Orient une dimension romantique dont le Liban et, rétrospectivement, le Liban seul, a su profiter.Le terme de « voyage en Orient » fut inventé au XIXe siècle : Chateaubriand passe comme l’initiateur de ces voyages, qui deviennent un passage obligé pour les romantiques.

Parmi les orientalistes qui rendent visite au Liban, la sincérité romantique d’Alphonse de Lamartine n’a pas son pareil. Lamartine caressait toujours le rêve de ce voyage qui confiait : « Ce désir ne s’était jamais éteint en moi : je rêvais toujours d’un voyage en Orient, comme d’un grand acte de ma vie intérieure. » Ce voyage, il va l’entreprendre en 1832.
De Beyrouth il dira : «À quelque cents pas de nous, la mer s’avance dans les terres et vue d’ici elle ressemble à un beau lac intérieur. Si nous montons sur la terrasse, ce beau lac se change en un immense golfe, clos d’un côté par le château mauresque de Beyrouth et de l’autre par les murailles sombres des montagnes qui courent vers Tripoli. »
Le séjour qu’il effectue à Hammana est probablement l’apothéose de son récit : « Un des plus beaux coups d’œil qu’il soit donné à l’homme de jeter sur l’œuvre de Dieu, c’est la vallée de Hammana : elle est sous vos pieds ; elle commence par une gorge noire et profonde, creusée presque comme une grotte dans les plus hauts rochers et sous les neiges du Liban le plus élevé : on ne la distingue que par le torrent d’écume qui descend avec elle des montagnes, et trace, dans son obscurité, un sillon mobile et lumineux. »
Aujourd’hui encore, le palais où il fut hébergé conserve fidèlement le souvenir du passage de Lamartine : au mur, trône une médaille à l’effigie du poète offerte par l’ambassadeur de France en 1933, à l’occasion du centenaire de la visite du poète.
Aux côtés des orientalistes français, les écrivains et poètes libanais de langue française font également honneur à la francophonie.
On en veut pour témoin Hector Klat et son poème Mots français, de 1910. Ou encore le grand Charles Corm qui chantait la France et la langue française avec tant de passion dans son célèbre recueil de poèmes, La Montagne inspirée (1934). Pour sa part, Michel Chiha, homme politique libanais et remarquable homme d’État, dédiait, alors qu’il n’était âgé que de vingt-quatre ans, un poème à Hector Klat dans lequel il chantait une vraie histoire d’amour entre ces deux pays si intimement liés et dont il trouve que la géographie les rapproche autant que l’histoire.
Plus récemment, l’apport du Liban à la francophonie s’est enrichi de dizaines d’auteurs qui s’expriment dans la langue de Molière, tels Andrée Chedid, Georges Schehadé, Nadia Tueni, Georges Corm, Salah Stétié, Alexandre Najjar et Amin Maalouf. La récente élection de ce dernier à l’Académie française est une consécration pour tous les militants conscients comme inconscients de la francophonie au Liban.
Pour parler du Liban, l’auteur du Rocher de Tanios a ces mots sans pareil : « On entend souvent dire que le Liban est une mosaïque de communautés, et qu’à cause de cela, la coexistence y est plus difficile qu’ailleurs.
« Pourtant, il suffit de promener son regard sur notre planète pour constater qu’elle devient elle-même, chaque jour davantage, une immense mosaïque de communautés, de peuples, de langues, de croyances.
« Le Liban n’est pas une exception, il est le miroir du monde, un raccourci de l’aventure humaine et une préfiguration de l’avenir commun.
« Si une coexistence harmonieuse et féconde s’avérait impossible dans cet espace réduit, comment pourrions-nous l’espérer à l’échelle du globe ? »
Le Liban est ainsi, pour Amin Maalouf, chargé d’une mission particulière. Pareillement, Jean-Paul II disait du Liban qu’il n’était pas un simple pays, mais un véritable message.
Au Liban d’aujourd’hui, le Liban de la coexistence, le français est un fait culturel, par-delà les communautés qui composent le pays.
Dans un discours prononcé à Beyrouth, le général de Gaulle déclarait :» Les Libanais ont été le seul peuple dont jamais aucun jour le cœur n’a cessé de battre au rythme du cœur de la France." Il n’y a pas parole plus juste qui ait été dite sur l’amour des Libanais pour la France et pour sa langue.
Le Liban et la France, la France et le Liban, sont des nations millénaires que lient une amitié, une fraternité et une unité des destinées.
La France est la marraine historique du Liban moderne, sa « tendre mère », selon le mot des maronites.
Le Liban a entrepris de payer la France de retour, en fournissant à la France une immigration de cœur et de qualité, les Libanais se fondant dans la société française de manière exemplaire, sans se faire remarquer, sauf à enrichir la France de leurs compétences et de leurs vastes possibilités, qu’ils lui offrent sans défaillir et sans arrière-pensées.
Le Liban a aussi et surtout tenu sa promesse immémoriale vis-à-vis de la France en portant, par le biais de ses écrivains et de ses intellectuels, la langue et la culture française à des sommets que n’ont pu égaler que les grands hommes français eux-mêmes.
La francophonie au Liban se porte bien ; mais elle pourrait aller mieux. Il est de notre responsabilité collective de la soutenir. Il nous faut retrousser les manches, remettre notre ouvrage cent fois sur le métier, comme nous l’intime Boileau.
Tâchons donc d’être dignes de cet héritage ; tâchons de ne pas démériter d’une si noble mission.

Élias R. CHEDID
Avocat à la cour

hilda.barhoum@wanadoo.fr

lundi, juin 27, 2011

MAJIDA EL-ROUMI,UNE ETOILE DANS LE CIEL DE JOUNIEH

Magida el-Roumi a été la reine des cœurs ce samedi soir au stade Fouad Chéhab.

Magida el-Roumi, une étoile dans le ciel de Jounieh

Le Festival international de Jounieh a choisi la divine Magida el-Roumi pour lancer, samedi, ses festivités qui s’étendent jusqu’au 3 juillet dans l’ancien souk de la ville et ses environs.

Le concert donné par Magida el-Roumi à l’ouveture du Festival international de Jounieh a eu lieu au stade Fouad Chéhab pour le plus grand plaisir des admirateurs, emportés par la voix puissante de la diva, sanglée d’une robe blanche en satin. La chanteuse s’est vu décerner, à la fin du concert, les insignes de l’ordre national du Cèdre par le président de la République, le général Michel Sleiman.
Plusieurs personnalités politiques, dont notamment le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwaji, et les chefs du CPL, le général Michel Aoun, et des Forces libanaises, Samir Geagea, ont aussi assisté à ce concert qui a propulsé la diva au firmament de Jounieh. Inaugurant le récital par une prière adressée à Notre-Dame de Harissa, Magida lui a demandé de guider les chefs politiques vers le dialogue dans l’intérêt du pays et ses citoyens. La voix de la cantatrice s‘est ensuite élevée, libre et puissante. Magida a attaqué son répertoire avec des chansons d’amour et des chansons patriotiques reprises par un public averti. (Aam yiss’alouni, Malik albi, Chouf chouf, Kalimat, Ya Beyrouth, et Rajeh yit’aammar, en hommage à feu Zaki Nassif).La diva s’est approprié la scène, la peuplant de sa présence fière et passionnée. Sa voix de cristal a parcouru les notes les plus basses et les plus hautes sans accident de parcours, entonnant des textes qui chantent la force de la révolte et l’amour de la patrie.Sur l’écran géant installé pour l’occasion, des portraits de son père, le célèbre compositeur Halim el-Roumi, décédé en 1983, défilaient. Pour lui rendre hommage, elle a chanté une chanson de sa composition. Une série d’images et de diapositives montrant différentes régions du Liban (Raouché, Jbeil, Jounieh etc.) ont ensuite été projetées avec le texte suivant : « le Liban est plus qu’un pays, le Liban est un message », phrase prononcée par Jean-Paul II lors de sa visite au Liban.Les photographies projetées ont mis en exergue la beauté du pays. La scène a été ensuite soudain investie par trois mimes, dont un qui lui a présenté des roses alors qu’elle présentait Chouf, chouf. Une mise en scène excellente. La municipalité, de concert avec les techniciens, a présenté ce qu’il y a de meilleur : graphismes, projections, éclairages, en unisson avec le son et le texte. Les dernières chansons patriotiques et folkloriques ont été accompagnées par une cinquantaine de danseurs mêlant dabké et divers rythmes de danse. Georges Cordahi, qui a présenté la chanteuse « dont la voix est une prière, une nation », a annoncé au terme du concert que Magida el-Roumi allait recevoir les insignes de l’ordre national du Cèdre des mains du président de la République en personne.La diva, à certains moments, n’a pas eu besoin de chanter. Le public s’en est chargé. C’est son public, et Magida l’a su. Elle a été leur reine ce soir-là comme tous les autres soirs.



Jihane FARHAT


hilda.barhoum@wanadoo.fr

vendredi, juin 24, 2011

L'ECRIVAIN FRANCO-LIBANAIS AMIN MAALOUF ELU A L'ACADEMIE FRANCAISE

Après deux candidatures, en 2004 puis en 2007, l’écrivain libano-français Amin Maalouf a enfin été élu à l’Académie française hier, jeudi, au fauteuil 29, au premier tour du scrutin, avec 17 voix sur 24, pour succéder à l’anthropologue Lévi-Strauss décédé en 2009.

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf élu à l’Académie française

La persévérance a payé. L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf a été élu hier, jeudi, au premier tour à l’Académie française pour succéder à Claude Lévi-Strauss, après deux tentatives malheureuses en 2004 et 2007, année où il avait jeté l’éponge avant le vote.

Dans le passé, Victor Hugo avait échoué quatre fois avant d’être admis sous la Coupole. Prix Goncourt en 1993 pour Le Rocher de Tanios, Amin Maalouf a été élu au fauteuil 29 au premier tour de scrutin, avec 17 voix sur 24 votants, contre trois voix au philosophe Yves Michaud, deux bulletins blancs et deux bulletins blancs marqués d’une croix (signifiant un vote d’opposition), a précisé l’Académie.
Avant Amin Maalouf, à la double culture libanaise et française, l’Académie a accueilli en 2006 la romancière algérienne Assia Djebar, première personnalité du Maghreb élue sous la Coupole. Disparu le 30 octobre 2009, à 101 ans, Claude Lévi-Strauss avait été élu en 1973 au fauteuil d’Henry de Montherlant.
Né le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne dont une des branches maternelles est francophone et vient d’Istanbul, Amin Maalouf a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations, s’interrogeant sur les rapports politiques et religieux entretenus par l’Orient et l’Occident.
Journaliste au principal quotidien de Beyrouth an-Nahar, il est contraint à l’exil en France en 1976 alors que son pays est ravagé par la guerre civile.
Ces thèmes de l’exil et de l’identité, lui qui se sent chrétien dans le monde arabe et arabe en Occident, occupent une large place dans ses essais, parmi lesquels Les Identités meurtrières, publié en 1989, ou Le Dérèglement du monde, paru en 2009. À Paris, il devient journaliste dans un média économique puis rédacteur en chef de la revue Jeune Afrique.
Amin Maalouf publie en 1983 un ouvrage historique Les Croisades vues par les Arabes. Mais c’est son roman Léon l’Africain qui le fait connaître du grand public en 1986. Il décide alors de se consacrer à la littérature et décroche le Goncourt en 1993.
Candidat une première fois Quai Conti en 2004, il n’obtient que dix voix et surtout seize bulletins marqués d’une croix, signe d’un refus catégorique.
En 2007, postulant au fauteuil de Jean-François Revel, il déclare finalement forfait. Son soutien au Manifeste pour une littérature-monde, proclamant la mort de la francophonie, a froissé l’Académie.
Amateur de musique, le romancier écrit aussi des livrets d’opéra, dont le premier, L’Amour de loin, pour la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Fruit de leur collaboration, un autre, Émilie, a été créé en 2010 à l’opéra de Lyon.
Après l’opéra, la BD : son roman Le Périple de Baldassare (Grasset), un voyage en Orient au temps de Louis XIV paru en 2000, a été adapté en 2011 en bande dessinée par Joël Alessandra, chez Casterman. Deux autres tomes sont attendus.
Prix Prince des Asturies en 2010, Amin Maalouf a aussi présidé le jury du prix Livre Inter cette année.
Les immortels procéderont ces prochains mois à d’autres élections après les décès de la grande helléniste Jacqueline de Romilly, le 19 décembre 2010, à l’âge de 97 ans, et de l’écrivain Jean Dutourd, mort le 18 janvier 2011, à 91 ans.
Depuis octobre 2010, les aspirants à l’habit vert ne doivent pas dépasser 75 ans à la date du dépôt de leur candidature.

Merci Hélène Carrère d’Encausse !

C’est un magnifique honneur que l’Académie française vient de faire à Amin Maalouf lui-même, certes, mais aussi et surtout au Liban, à l’identité composite et plurielle prônée par l’auteur des Identités meurtrières et à une culture libanaise polyvalente et pluraliste, et ce à des heures pour le moins sombres où la censure des œuvres artistiques et culturelles recommence à sévir de plus belle, sous l’ombrelle obscurantiste de régimes proches – et moins proches – bien peu démocratiques. Mais s’il convient de remercier les membres de l’Académie pour cet immense hommage qu’ils rendent au Liban, à travers Amin Maalouf, en l’incluant enfin au club des Immortels, c’est surtout à sa présidente, Hélène Carrère d’Encausse, qui avait soutenu la candidature de l’auteur du Rocher de Tanios, que Beyrouth, ville-symbole même de ce Liban pluriel, se doit de remercier tout particulièrement. Hélène Carrère d’Encausse, qui prouve, une fois de plus, sa fidélité indéfectible au pays du Cèdre. Alors, du fond du cœur, merci !

Maalouf : « Être élu est un symbole très important pour le Liban »

Pour l’écrivain Amin Maalouf, être élu à l’Académie française « est un symbole très important pour le Liban », a-t-il confié à l’AFP.
« Je ne suis pas de ceux qui boudent leur plaisir, c’est un grand honneur et un grand bonheur », a ajouté le romancier et essayiste qui vit en France depuis 1976 et succède jeudi à l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.
« Mon élection à l’Académie française est un symbole très important pour le Liban, un moment que je vis intensément et qui est reçu dans mon pays d’origine avec la même intensité », a-t-il précisé.
« Le Liban est un élément fondamental de mon identité, mais ma relation avec ce pays se conjugue sur le mode de l’éloignement. Je n’y vais pas très souvent, mais je suis de très près tout ce qui s’y passe et j’y ai beaucoup d’amis », poursuit le prix Goncourt 1993, né à Beyrouth en 1949 dans une famille chrétienne.
« Comme beaucoup de Libanais, j’ai trois langues, l’arabe, le français et l’anglais. Au Liban, je parlais arabe et travaillais en tant que journaliste en arabe. Quand je suis arrivé en France, je suis passé naturellement au français », explique-t-il.
« J’étais alors rarement venu en France, mais j’y avais mes repères culturels. Pour moi, ce n’était pas un pays étranger », assure l’écrivain.
« Souvent le regard de l’autre cherche à vous définir : en Occident, l’autre voit en vous un Arabe et au Moyen-Orient un chrétien. C’est comme ça, et au Liban, nous avons tous une sorte de scanner sociologique », sourit-il.
« Dès que j’ai commencé à me consacrer à la littérature, l’Académie française avait pour moi un sens. Je ne pensais pas alors y entrer, mais cette idée a peu à peu germé », ajoute le nouvel académicien.
Candidat une première fois en 2004, Amin Maalouf n’avait obtenu que dix voix. En 2007, postulant au fauteuil de l’écrivain Jean-François Revel, il avait finalement déclaré forfait avant le vote.
Ces échecs sont « maintenant des péripéties. Cela a été un long chemin, avec des épines et des chutes, mais aujourd’hui, c’est du passé, même si, sur le moment, on est déçu », convient-il.
« À mes yeux, les institutions sont importantes. Je me réfère en cela à Claude Lévi-Strauss qui a été sensible à l’Académie, au sens du rituel dans la vie d’une société, que ce soit en Amazonie ou... Quai Conti », siège de la vénérable institution créée par Richelieu en 1635, dont la fonction première est de veiller au respect de la langue française et de composer le dictionnaire.
« C’est un fauteuil prestigieux, intimidant et stimulant, et je m’en approche avec humilité et une immense joie », conclut Amin Maalouf.

La « joie » de Michel Eddé

« C’est une immense joie pour nous tous, a déclaré l’ancien ministre de la Culture Michel Eddé. Il a réussi à entrer à l’Académie française malgré toutes les difficultés que cette élection comporte. Nous espérons avoir d’autres auteurs libanais francophones briguer de tels honneurs. »
« Amin Maalouf est une fortune culturelle pour le Liban, a déclaré le ministre de la Culture Gaby Layoun. Le ministère va lui organiser un hommage au nom du Liban. »



Source:L'Orient Le Jour


hilda.barhoum@wanadoo.fr

vendredi, juin 03, 2011

ASSISES MARONITE:NON A LA VENTE DE TERRAINS AUS ETRANGERS,OUI AU REEQUILIBRAGE DANS LES ADMINISTRATIONS

Assises maronites : non à la vente de terrains aux étrangers, oui au rééquilibrage dans les administrations

À l'initiative du patriarche Béchara Raï, une deuxième rencontre des pôles et des députés maronites s'est tenue hier à Bkerké. La réunion s'est articulée autour de deux grands axes principaux : la préservation du territoire et le renforcement du rôle des chrétiens dans les administrations publiques.

Trente-huit personnalités maronites se sont retrouvées à Bkerké pour discuter autour de la table patriarcale de l'avenir de la communauté au Liban. Partant des recommandations du synode pour les chrétiens du Moyen-Orient, les discussions ont principalement porté sur l'importance de consolider le partenariat entre les fils de l'Église pour ensuite l'étendre aux autres communautés. À partir de là, les points essentiels sur lesquels les personnalités politiques et religieuses présentes ont mené le dialogue portaient sur la question de la vente des terrains aux étrangers et celle de l'emploi des chrétiens dans les administrations. À l'issue de la réunion, l'évêque Samir Mazloum a lu le communiqué qui évoque les conclusions auxquelles les participants sont arrivés. « La rencontre, dit-il, a porté sur les points essentiels suivants : s'engager à respecter le partenariat entre les chrétiens, puis activer les liens avec les autres membres de la famille libanaise ; préserver le territoire libanais pour consolider la présence et l'identité ; préserver également la formule libanaise et la diversité du Liban dans le cadre de l'unité ; réorganiser les emplois dans les administrations publiques sur base de la compétence et de la parité. » Le communiqué souligne également que dans ce cadre plusieurs propositions ont été faites. Elles comprennent d'une part des études sur l'état des lieux et des propositions concrètes. C'est ainsi que le Centre maronite pour la documentation et la recherche a présenté un résumé de l'étude qu'il a faite sur le dossier de l'appropriation des biens par les étrangers. L'institution Labora a présenté, de son côté, une étude sur le déséquilibre communautaire dans le secteur public.
Vu que la rencontre n'a pas évoqué les points de litiges sur le plan politique, on pouvait voir nos responsables échanger leurs idées sans hargne, ni agressivité. Cette attitude pour le moins conciliante a poussé le patriarche à murmurer « qu'est-ce qu'ils sont beaux à voir ainsi réunis », a raconté l'une des personnalités présentes à L'Orient-Le Jour. Par ailleurs, une source ecclésiastique a confié que « l'atmosphère était bonne, simple et le train a été mis sur les rails ». Et d'ajouter : « Nous avons réussi à mettre ensemble toutes ces personnes qui ne se parlaient pas et qui s'invectivaient à travers les médias. Cela à lui seul est déjà positif. De plus, ces personnalités ont accepté de former un comité représentatif de tous les partis sous l'égide du patriarche. Il va étudier les dossiers relatifs aux chrétiens et qui sont plus d'une trentaine. Ce comité va se réunir pour traiter au fur et à mesure les dossiers en cours. »
Soulignons que dans son mot d'accueil, le patriarche a rappelé que les chrétiens et notamment les maronites sont tenus d'adopter les principes de l'Évangile et les recommandations de l'Église. Il a insisté sur la nécessité de déployer des efforts pour arriver à des buts communs et trouver les solutions adéquates pour les grandes lignes nationales. Mgr Béchara Raï a indiqué : « Nous nous rencontrons aujourd'hui en prenant en compte les responsabilités qui nous incombent tout en sachant parfaitement qu'au Liban il y a séparation entre la religion et l'État. » Le patriarche avait ouvert la séance par une prière demandant grâce à Dieu et à la Vierge Marie « source d'amour et de bonté ».

Actions et réactions

À l'issue de la réunion, un comité de suivi a été donc formé. Il est constitué d'Élie Marouni, Élie Keyrouz, Émile Rahmé, Élie Aoun, Hadi Hobeiche, Simon Abi Ramia et Fouad el-Saad. Reste qu'ultérieurement le patriarche va nommer un évêque qui sera chargé de suivre l'évolution des choses. Commentant cette initiative, le député aouniste Ibrahim Kanaan a précisé que la formation du comité est importante, mais que « le plus important reste la coopération à travers la Chambre des députés et le Conseil des ministres ». Hadi Hobeiche, député du Futur, lui, a considéré que « l'atmosphère générale était calme, excellente même, puisque chaque bloc est parvenu à proposer son point de vue mais aussi ses propositions écrites pour un travail concret. La réunion, a-t-il poursuivi, jette les bases d'une nouvelle étape qui va faciliter l'ouverture d'autres dossiers que ceux traités aujourd'hui».Boutros Harb, le député du Batroun, a indiqué que la rencontre « est susceptible de diminuer les tensions existantes et de contribuer à s'entendre sur les échéances à venir ».

Source:L'Orient Le Jour

hilda.barhoum@wanadoo.fr

samedi, avril 30, 2011

"SAINT-PERE ,SAUVEZ LE LIBAN"

Le Liban est fait pour l’unité. Au palais de Baabda, le Saint-Père rencontre cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine, cheikh Mohammad Rachid Kabbani et cheikh Mersel Nasr.

« Saint-Père, sauvez le Liban ! », ou la petite histoire de l’engagement de Jean-Paul II en faveur de l’unité du pays du Cèdre (*)

« La disparition du Liban serait sans aucun doute l'un des plus grands remords du monde. Sa sauvegarde est l'une des tâches les plus urgentes et les plus nobles que le monde d'aujourd'hui se doive d'assumer (...) L'Église désire manifester au monde que le Liban est plus qu'un pays, c'est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l'Orient comme pour l'Occident. »

La lettre adressée par Jean-Paul II, en octobre 1989, à tous les évêques de l'Église catholique contient la célèbre formule qui, réduite à sa plus simple expression, résumera aux yeux des Libanais ce qu'ils savent certes, mais obscurément : leur pays est « un message ». Il a son identité propre, sa vocation historique.
La formule a fait fortune. Il n'y a pas une semaine où elle n'est pas citée par l'un ou l'autre de nos leaders politiques ou religieux pour exprimer leur idéal de ce que devrait être notre pays, enfin débarrassé des allégeances politiques et idéologiques conflictuelles qui le déchirent. C'est un fait : dès son élection en 1978, Jean-Paul II a été étroitement mêlé à l'histoire de la guerre du Liban. L'attention extraordinaire qu'il a manifestée à notre égard et qui l'a conduit à consacrer au Liban, en 1997, une assemblée spéciale du synode des évêques pour notre pays, a une explication. L'évocation de cette histoire nous permet de percevoir comment une trame providentielle se tisse dans l'épaisseur de nos actions quotidiennes, comme à notre insu. Des historiens l'ont affirmé : le Liban, né en 1943 d'un pacte conclu entre chrétiens et musulmans, aurait pu se désintégrer sous l'action conjuguée des pressions externes et internes, notamment en raison du caractère hétérogène de sa société. Le fait que cet éclatement ne se soit pas produit est dû à un ensemble de causes. Le rôle préventif éminent joué sur ce plan par Jean-Paul II et la diplomatie vaticane mérite évidemment plus qu'un article. Il a été déterminant. Nous en évoquons ici les grands traits.

Une vocation

Nul n'a souligné plus fortement que le grand pape la vocation à l'unité des Libanais. Il l'a fait de façon répétée, insistante, adressant aux Libanais message après message, et faisant prier pour le Liban les évêques du monde entier, à l'encontre même des aspirations de certaines forces politiques chrétiennes au Liban, tentées par la partition. À tous ceux qui s'interrogent sur ce qui a concrètement encouragé Jean-Paul II à se pencher avec tant de constance sur le dossier Liban, voici un récit surprenant. Il touche à ce qu'on appelle la « petite histoire », mais n'en est pas moins révélateur. On le doit à Gilberte Doummar, une mère de famille membre du mouvement des Focolari, qui a représenté le Liban de longues années durant au Conseil pontifical pour l'apostolat des laïcs. À ce titre, elle s'est souvent rendue au Vatican et a rencontré, à diverses reprises, le pape et ses proches collaborateurs. Voici son témoignage : « C'était en 1984, pour la première assemblée du Conseil pontifical pour l'apostolat des laïcs, raconte-t-elle. Nous étions réunis dans la salle Clémentine. Le cardinal Pironio, alors président de ce Conseil, me présente au pape. Je le remercie pour tout ce qu'il fait pour le Liban, et il me dit : "Oui, le Liban est au centre de mes préoccupations, de mes prières". » Le soir même, je rencontre un ami de longue date du pape, l'écrivain Stephane Vilkanovitch, auquel je dis : « Le Saint-Père a un amour spécial pour le Liban. Comment, d'où cela lui vient-il ? » Il me répond : « J'ai rendez-vous avec lui ce soir. Je lui poserai la question. » Le lendemain, il me dit : « J'ai la réponse. La voici. Quand, en octobre 1978, après son élection, il est sorti saluer la foule sur la place Saint-Pierre - et bien sûr, à l'époque, les calicots et banderoles étaient défendus -, un calicot est apparu subitement, sur lequel était écrit : "Saint-Père, sauvez le Liban !" avant d'être prestement escamoté. Et, a dit le Saint-Père, cela lui est entré au cœur "comme un dard". À la fin des festivités, après avoir salué tout le monde, il est rentré s'agenouiller devant le Saint-Sacrement et a demandé à Jésus, présent dans l'Eucharistie, "assez de vie pour pouvoir sauver le Liban". » Et voilà comment un simple geste peut imperceptiblement infléchir le cours de l'histoire ! Dès 1978, Jean-Paul II avait déjà fixé pour objectif à la diplomatie vaticane d'empêcher l'éclatement du Liban. Et Dieu a non seulement donné assez de vie à Jean-Paul II pour « sauver le Liban », il le lui a même sauvée, de son propre aveu, lors de l'attentat du 13 mai 1981, pour lui permettre d'achever la mission particulière qu'il s'était assignée et qui, naturellement, s'insère dans une trame globale aux dimensions du monde.
Jean-Paul II ne l'a jamais caché. Il croit fermement que le 13 mai, date anniversaire des apparitions de Fatima en 1917, il doit la vie sauve à une intervention miraculeuse de la Vierge. « Une main a tiré, une autre a détourné la balle », a-t-il confié à André Frossard. « Ce qui importait surtout au pape, confie Gilberte Doummar, c'est son unité. Il voulait que les chrétiens œuvrent pour l'unité du Liban. En mars 1986, le Saint-Siège, sous son impulsion, avait lancé un plan de sortie de la guerre que le cardinal Achille Silvestrini, principal figure diplomatique du Vatican sous son pontificat, fut chargé de mettre en œuvre. Il tentera en particulier de réunir un sommet national islamo-chrétien. Mais le cardinal Silvestrini échouera à opérer une brèche dans le mur que la Syrie avait dressé entre les Libanais, comme l'affirme Antoine Saad dans l'ouvrage de souvenirs autobiographiques qu'il a consacré au patriarche Nasrallah Sfeir.
Auparavant, le Vatican s'était employé, en vain, à empêcher l'armement des milices chrétiennes, estimant que les voies de la paix étaient préférables à celles de la violence. Le Saint-Siège avait même reproché à certains responsables d'ordre monastique d'avoir « oublié leur vocation en fournissant des armes aux chrétiens ».

Faites prier pour le Liban

« En 1987, reprend Gilberte Doummar, après l'échec de la mission Silvestrini, très triste et avec un geste las de la main, il m'avait dit : "Priez, faites prier pour le Liban." Quand il a déclaré le "Liban pays message", il voyait d'un regard prophétique ce que pouvait donner le Liban, le rayonnement, la mission très grande qu'il pouvait avoir. Le Liban est fait pour l'unité. Le pape avait le don de voir ce que nous ne voyons pas. » Le pape finira par atteindre, en partie, son objectif, du moins sur le plan spirituel. Il convoqua une assemblée spéciale du synode des évêques sur le Liban. Celle-ci se tint à Rome en 1995. Deux ans plus tard, Jean-Paul II se rendra au Liban (10-11 mai 1997) pour y remettre solennellement l'Exhortation apostolique postsynodale, « Une espérance pour le Liban », aux différents représentants des Églises catholiques et à la jeunesse de notre pays. Le document consacra, contre vents et marées, sa vision pour notre pays. Beaucoup de chrétiens et de musulmans se sentirent interpellés par cette charte spirituelle, attirés à ce banquet de l'histoire. « Pour les chrétiens, estime le chercheur Fadi Daou, c'était passer d'une phase où ils s'étaient conduits comme si le Liban leur appartenait à une phase où le Liban, partie de leur identité, devenait un message à transmettre, un projet à faire advenir, un modèle à servir. »

(*) Cet article est extrait d'un ouvrage de Fady Noun, « Dévastation et rédemption, récits d'apparitions de la Vierge au Liban », à paraître dans une collection spéciale de la faculté des sciences religieuses de l'USJ.


hilda.barhoum@wanadoo.fr

samedi, avril 23, 2011

LE CHRIST A VAINCU LA MORT


Le Christ a vaincu la mort

Sans nécessairement avoir reçu une éducation chrétienne proprement dite et d'une façon mystérieuse, le croyant « sait » déjà ce qu'est la Résurrection : une sorte de Renaissance, et cela pour l'avoir éprouvée dans sa vie, sans avoir les mots pour le dire. Tout le chemin du croyant consiste à mettre cette expérience en perspective dans la conjoncture de la Résurrection du Christ.
Dès l'instant où des gens en se mettent en route, ils sont habités par la foi, par Dieu. Le croyant ayant été inspiré spirituellement est en train de vivre une nouveauté qui lui fait découvrir l'Évangile, avec ses exigences et tous les appels qu'il suscite.
Il y a des gens qui vivent un bouleversement radical, quelque chose est en train de mourir en eux, parfois douloureusement aux approches de la fête de Pâques. C'est au creux de cette souffrance des hommes que se révèle le Christ ressuscité. Chaque prière ou pensée les rapproche davantage de Dieu dans une adoration secrète, parfois en se recueillant ou en se mettant à genoux, et c'est le Christ et sa divinité qui en sont les mobiles mystiques.
Pour mettre toute sa joie dans la résurrection du Christ, il faut au préalable beaucoup écouter, beaucoup lire et beaucoup réfléchir afin d'essayer d'approfondir encore davantage cette réalité, cette beauté, ce gigantesque événement face au mystère de la mort, quand il y a deux mille ans, s'est produit l'événement le plus marquant et le plus important dans l'histoire de l'humanité : la Résurrection du Christ Dieu.Cette résurrection qui nous affranchit de la mort, cette libération grâce à l'incarnation rédemptrice du Christ, qui a pris une nature toute semblable à la nôtre afin de nous délivrer de la crainte de la mort qui nous chagrinait pendant toute une vie de servitude.
Le Christ nous insuffle une nouvelle vie dans la grâce de Dieu qui est donnée dès ici-bas par la grâce sanctifiante afin que, comme le Christ est ressuscité des morts pour la gloire du Père, nous vivions par l'intermédiaire de cette grâce sanctifiante d'une vie nouvelle, d'une renaissance réelle dès ici-bas.
« Ce n'est plus nous qui vivons, c'est le Christ qui vit en nous », mais cette nouvelle vie qui nous anime et réanime, animera et réanimera aussi ceux dont le Christ est la vie et qui sont comme nous « re-nés » de Dieu, ce qui nous permettra de survivre dans la mesure où nous aurons vraiment vécu, c'est-à-dire aimé, car seul l'Amour peut vaincre la Mort. Tel est le message de Pâques. Alléluia !


Sylvain THOMAS

dimanche, mars 27, 2011

RAÏ INTRONISE PATRIARCHE:LE LIBAN N'APPARTIENT A AUCUNE COMMUNAUTE

L'événement s'est déroulé comme le patriarche Raï le souhaitait : une communion spirituelle, un pèlerinage, un moment de prière et de gloire pour le Liban.


Raï intronisé patriarche : le Liban n'appartient à aucune communauté


Le nouveau patriarche élu, Béchara Boutros Raï, a été installé patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, vendredi, par l'imposition des mains du cardinal Sfeir et du collège épiscopal maronite au cours d'une cérémonie à laquelle a assisté le chef de l'État ainsi qu'un grand nombre d'officiels, à Bkerké.


Intronisé le 25 mars, date de la fête de l'Annonciation, dont le nom en arabe, Béchara, correspond au prénom du nouveau patriarche, devant une foule considérable, le patriarche Raï, en pleine conscience de l'importance du rôle qui l'attend à la tête de l'Église maronite, a prôné l'unité, l'amour et le partenariat. "Comme la fête de l'Annonciation unifie les chrétiens et les musulmans, ainsi le Liban devrait être, comme le stipule la Constitution, un pays d'amour et de partenariat", a déclaré Mgr Raï dans son premier sermon en tant que chef de l'Église maronite. "Le Liban message ne pourra vivre qu'à la base de la parité entre ses fils, chrétiens et musulmans. Ceux-là doivent se partager le pouvoir et la gestion de ce pays que nul partie ne peut s'approprier", a-t-il poursuivi, soulignant fermement "l'importance du dialogue, de la coordination et de la collaboration entre les Églises" et la nécessité des "rapports constructifs avec les musulmans, sans lesquels la nation ne saurait tenir". Et Mgr Raï de continuer : "Le Liban n'appartient à aucun parti, à aucune confession et si une communauté pense monopoliser le pays, c'est que cette communauté maîtrise toutes les autres". "Nous remercions Dieu, a poursuivi le nouveau patriarche, parce qu'il compte sur nous pour remplir notre mission, celle de suivre le chemin de nos prédécesseurs depuis plus de 1 600 ans, au Liban et en Orient".


Source: L'Orient Le Jour


hilda.barhoum@wanadoo.fr

mercredi, mars 16, 2011

BECHARA RAHI ,UN HOMME DE REFORMES A BKERKE

Première apparition du nouveau patriarche, sur le perron de la cour intérieure de Bkerké. Un moment de profonde joie.

Béchara Rahi, un homme de réformes à Bkerké

En la personne de Mgr Béchara Rahi (71 ans), évêque de Jbeil, l'Église maronite a élu hier un patriarche qui sera un homme d'institutions et de réformes. Ce sera par excellence le changement dans la continuité. Changement sur le plan des méthodes ; continuité du rôle national joué par Bkerké. Une élection « suscitée par l'Esprit Saint », le maître invisible d'une Église à laquelle «la gloire du Liban » a été donnée. Intronisation prévue le 25 mars, fête de l'Annonciation.

Le nouveau patriarche : un cadeau du ciel. L’homme qu’il faut, à la place qu’il faut, au moment qu’il faut

Mgr Béchara Rahi, un homme d’institutions et de réformes, élu 77e patriarche de l’Église maronite

L'évêque de Jbeil, Béchara Rahi, a été élu hier 77e patriarche de l'Église maronite, une élection unanimement saluée au Liban. Beaucoup voient dans le nouveau patriarche un homme d'institutions et de réformes. Un changement dans la continuité du rôle national joué par Bkerké.
C'est sous la devise « Communion et Charité », proche de celle du synode qui s'est tenu en octobre 2010 à Rome (« Communion et Témoignage »), que l'évêque de Jbeil, Mgr Béchara Rahi (71 ans), élu 77e patriarche de l'Église maronite, a placé son patriarcat.
Avec sa courtoisie coutumière, avec l'aisance d'un homme rompu aux médias, le charismatique évêque de Jbeil, qui était depuis plus d'un an président de la commission épiscopale des communications sociales, l'a affirmé au cours d'une allocution de remerciements qu'il a prononcée en la chapelle du patriarcat.
Il était d'abord apparu sur le perron du siège patriarcal, revêtu de ses ornements patriarcaux, aux côtés du patriarche Sfeir et du nonce apostolique, et entouré des évêques membres du collège électoral, qui se sont disposés sur les escaliers de part et d'autre du perron. Son élection a de toute évidence pris de court l'assemblée, et aucune prière d'action de grâce ne s'est élevée à son entrée dans la chapelle envahie par les journalistes. À peine a-t-il pu placer, pour compenser ce manque, un Pater et un Ave, en fin d'allocution.
Dans son discours improvisé, le nouveau chef de l'Église maronite a rendu grâce pour « la joie, le bonheur et l'amour » qui ont marqué le conclave à l'issue duquel il a été élu. « Nous n'avions jamais vécu d'élections comme celle-ci, pleine de joie, de bonheur et d'amour, Béni soit Dieu et béni soit Son Esprit Saint », a-t-il dit, pour décrire le climat dans lequel se sont déroulés la retraite et les trois jours d'élections. « Les évêques peuvent vraiment dire le Saint Esprit et nous avons choisi un patriarche », a-t-il renchéri.

Une élection rapide

L'élection du patriarche a relativement été rapide. Mgr Rahi a reçu en particulier l'appui d'un groupe d'évêques qui souhaitaient un changement radical de style à Bkerké et l'avènement d'un homme d'institutions et de réformes, qui s'inscrive en outre dans la ligne de fermeté nationale incarnée par le patriarche Sfeir au cours des années de guerre.
Il a fallu trois jours seulement pour que les deux tiers des voix du conclave se portent sur le nom de l'évêque de Jbeil, qui se rapprochait le plus de ce profil. C'est au 12e tour de scrutin, dimanche soir, que la balance a commencé à pencher en sa faveur, a-t-il confié lui-même aux journalistes. « Tout était presque joué dimanche soir, a-t-il dit. Pour ma part, je priais dès le matin en demandant à Dieu de me donner le détachement intérieur dont j'avais besoin pour me dépouiller de toute attente personnelle et m'aider à accepter ce qui serait décidé, car personne de nous ne peut dire qu'il en est digne ou qu'il le mérite. » Un ultime tour de scrutin, lundi matin, a confirmé l'attente de la veille.
Le patriarche Rahi a été élu, avec 34 voix sur les 39 du collège électoral, selon la LBC. Toujours selon cette télévision, c'est une visite du nonce apostolique, dimanche soir, à Bkerké, qui a fait pencher la balance en faveur de Mgr Rahi, demeuré en lice face à Mgr Guy Noujeim (Sarba). Dans un premier temps, deux autres évêques se disputaient encore le suffrage de leurs pairs, NN.SS. Youssef Béchara (Antélias) et Mansour Hobeika (Zahlé). Aucune confirmation indépendante de cette nouvelle n'a été obtenue. Du reste, si la candidature de Mgr Rahi a pu être « chuchotée » par le nonce, elle a été défendue avec beaucoup de conviction par un grand nombre d'évêques qui lui ont apporté leurs suffrages.

Les cloches de Bkerké

C'est l'arrivée en milieu de matinée à Bkerké, hier, de la secrétaire de Mgr Rahi qui a donné le signal officieux de l'élection. La nouvelle était ensuite communiquée à la présidence de la République et à la nonciature apostolique, avant que les cloches de Bkerké ne la carillonnent, que les youyous ne la diffusent sur les ondes et que les cloches des églises ne la répercutent aux quatre coins du pays.
L'élection de Béchara Rahi dans un délai si court a surpris. Agréablement. « Il ne pouvait y avoir meilleure nouvelle. » Cette appréciation s'entendait de la bouche de nombre de visiteurs venus à Bkerké vivre l'instant. « C'est l'homme qu'il faut, à la place qu'il faut, au moment qu'il faut », entendait-on aussi. Au sein du clergé, qui le classait parmi les évêques du « premier rang », on avait déploré, avant le conclave, l'appartenance du nouveau patriarche à un ordre religieux, ce qui diminuait ses chances d'être élu. Son élection prouve que le conclave a su dépasser cet a priori.
Le nouveau patriarche n'a d'ailleurs pas manqué de le relever : « Le conclave a choisi d'élire un moine comme patriarche. C'est le signe que les ordres religieux monastiques, qu'ils soient masculins ou féminins, sont comme au cœur de la vie et de la mission de l'Église », a-t-il dit dans son allocution de remerciements.
« Nous aspirons à un surcroît de coopération et de travail en commun entre les diocèses et les ordres religieux, afin que nous accomplissions notre mission au Liban, en Orient et dans le monde de l'émigration », a-t-il ajouté.
En deux cents ans, c'est le premier moine à être élu patriarche, précise-t-on.

Hommage appuyé à Sfeir

Le nouveau patriarche a ensuite rendu un vibrant hommage à son prédécesseur. « La confiance et l'amour du patriarche et des évêques sont venus reposer sur ma faiblesse et mes limites, a-t-il confié. C'est ainsi que j'ai été élu, pour servir, avec eux, notre Église, servir Dieu et l'Évangile. »
Il a vu dans son élection « le présent » que son prédécesseur faisait à l'Église, pour son jubilé patriarcal, en renonçant volontairement à ses charges patriarcales, en raison de son âge. Le nouvel élu a rendu hommage « à l'esprit de prière, la patience, la douceur, l'amour, la constance, la dépendance sur la providence et la capacité à porter la croix » du patriarche Sfeir.
« Il a porté la croix avec patience et nous a appris à la porter sur nos épaules et dans notre cœur, a-t-il affirmé, avant de remercier Mgr Roland Aboujaoudé pour son service comme administrateur de l'Église maronite, qui, s'est-il rappelé, m'a apporté la nouvelle de mon élection épiscopale il y a 25 ans et m'a apporté aujourd'hui la nouvelle de mon élection comme patriarche. »
Le nouveau patriarche a également remercié le nonce apostolique, le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation des Églises orientales, et le pape Benoît XVI pour leurs prières, et a exprimé la soumission filiale de l'Église maronite au Saint-Siège. Il a cité aussi, dans son mot, l'ancien président de la République, Amine Gemayel, venu à Bkerké - comme beaucoup de simples fidèles -, toutes affaires cessantes, ainsi que les deux gardiens de Bkerké, qui ont su garder le secret des délibérations, et les représentants des médias.

Les besoins et les attentes de l'Église

« Je salue le président de la République, ses proches collaborateurs et tout le peuple, a ajouté le patriarche Rahi. Nous priions pour eux. Avec le patriarche et les évêques, nous avons prié et passé en revue tous les besoins et toutes les attentes au Liban, au Moyen-Orient et dans le monde de l'émigration. Nous vous avons portés dans nos cœurs et nous avons envisagé les moyens d'être au niveau des attentes de notre peuple et des besoins de notre Église. Nous priions en particulier pour le Liban, pour une sortie de crise, pour qu'il prenne conscience qu'il incarne un message fondamental, comme l'affirme le grand pape et bientôt bienheureux Jean-Paul II, qui nous a rappelé que le Liban est un modèle et un message pour l'Occident, un message que nous portons dans nos prières au moment même où l'Orient vit des moments difficiles et dangereux. »
« Nous œuvrerons pour que le Liban joue à nouveau un rôle vital dans notre monde arabe », dira-t-il un peu plus tard.
Enfin, le patriarche Rahi a évoqué la mémoire de ses parents décédés.
À l'issue de son allocution de remerciements, le patriarche, près duquel se tenaient le patriarche émérite Nasrallah Sfeir et le nonce apostolique, Gabriele Cascia, a reçu les chaleureuses félicitations de la foule des présents. Les trois prochains jours seront consacrés aux félicitations, mais en fait, celles-ci ont commencé hier, à l'annonce de l'élection, avec un afflux de visiteurs qui allait grossissant d'heure en heure, avec distribution de pâtisseries orientales par les proches, venus de leur Hemlaya natal, village natal de sainte Rafqa, fêter l'enfant du pays devenu patriarche.
Où se situe le nouveau patriarche, politiquement ? La question était hier sur toutes les lèvres. La réponse est venue de l'intéressé lui-même, qui a expliqué hier soir aux journalistes présents à Bkerké qu'il a toujours inscrit ses déclarations dans le sillage des communiqués mensuels de l'Assemblée des évêques maronites, même si ses prises de position ont pu être parfois vertement exprimées. Le nouveau patriarche a ajouté que sa charge patriarcale lui imposera un devoir de réserve plus grand, mais qu'il continuera d'être la voix de l'Église, dans ses différents conseils, et non la voix d'une personne.

Quelques dates

Naissance : Hemlaya (Metn) le 25 février 1940.
Vœux monastiques : au sein de l'ordre mariamite, 31 août 1962.
Ordination sacerdotale : 3 septembre 1967.
Ordination épiscopale : 12 juillet 1986.
Fondation de l'Université de Loueizé : 1978-1984.
Président de la cour d'appel du tribunal maronite : 1982-1986.
Vicaire général à Bkerké : 1986-1990.
Évêque de Jbeil : depuis 1990.
Coordinateur du synode sur le Liban convoqué par Jean-Paul II : 1990-1995.
Président de la commission épiscopale pour les affaires de la famille : 1997.
Président de la commission épiscopale des communications sociales : depuis 2009.
Professeur de droit canonique et de théologie à l'USJ, l'USEK et l'Université La Sagesse, à différentes époques.
Intronisation le 25 mars, fête de l’Annonciation

C'est le secrétaire général de l'Assemblée des évêques maronites, Monseignor Youssef Tok, qui a lu l'annonce officielle de l'élection du nouveau patriarche. Ce dernier, a-t-il dit, sera intronisé le 25 mars, date de la fête de l'Annonciation, dont le nom en arabe, Béchara, correspond au prénom du nouveau patriarche.
Au lendemain de l'élection, les félicitations d'usage seront reçues au cours des trois prochains jours (mercredi, jeudi et vendredi), de 9h30 à midi et de 16h à 18h30.

Enfin, les félicitations seront reçues après l'intronisation patriarcale du 26 au 28 mars (samedi, dimanche et lundi), dans les mêmes horaires.
Le nouveau patriarche célébrera la messe d'actions de grâce le dimanche 27 mars, à 10h30, à Bkerké.

Fady Noun

hilda.barhoum@wanadoo.fr

mardi, mars 15, 2011

MGR BECHARA RAÏ SUCESSEUR DU PATRIARCHE SFEIR

Mgr Béchara Raï successeur du patriarche Sfeir

Pasteur de trois millions de fidèles

ROME, Mardi 15 mars 2011 (ZENIT.org) - Mgr Béchara Raï, O.M.M., 71 ans, évêque de Jbeil-Byblos, sera le nouveau patriarche de l'Eglise maronite : il succède au cardinal Nasrallah Pierre Sfeir.
Les cloches des églises ont annoncé la nouvelle dans tout le Liban pour fêter son élection par le synode des évêques maronites comme 77e patriarche d'Antioche et de tout l'Orient.
Le cardinal Sfeir, âgé de 90 ans, a présenté sa démission pour limite d'âge à Benoît XVI qui l'a acceptée le 26 février dernier.
Ordonné prêtre en 1967 et évêque en 1986, il a également été responsable du programme de Radio Vatican en arabe de 1967 à 1975.
L'Eglise maronite compte quelque 3 millions de fidèles dont les deux tiers habitent dans la diaspora. L'Eglise maronite compte 23 diocèses et deux vicariats au Liban, et dans d'autres régions du monde : Jordanie, Israël, Palestine, Egypte, Syrie, et Chypre, mais aussi Argentine, Brésil, Mexique, Etats-Unis, Canada, et Australie.
Elle tire son origine de saint Maron et de son couvent, qui se trouve en Syrie, dans l'antique Apamée. Une petite communauté monastique s'y installa au Ve siècle, avant de partir pour les montagnes libanaises, sous la pression de l'hérésie des

« monophysites » qui ne reconnaissaient pas dans la personne du Christ, en même temps que sa nature divine sa nature humaine.
L'Eglise Maronite a scellé son union avec Rome en 1182. Sa formation n'a donc pas son origine dans une opposition avec l'Eglise orthodoxe.
Lors de la présentation du synode des évêques pour le Moyen-Orient, en octobre 2010 (cf. Zenit du 11 octobre 2010), Mgr Raï a souligné que les trois buts du synode étaient d'une part, une nouvelle « prise de conscience de la variété des chrétiens et du sens de leur présence historique au Moyen-Orient, de leur grande contribution à la vie de leurs pays » ; d'autre part, de « consolider les liens de communion ecclésiale », et enfin de « favoriser le témoignage chrétien, du point de vue spirituel, pastoral, social ».
Il soulignait que la grande question était : « Qu'est-ce que l'Esprit Saint dit aux Eglises du Moyen-Orient pour relever les défis qui se présentent ? On en attend des fruits, des initiatives ». « Il est aussi clair que l'on « touchera les blessures du Moyen-Orient : Comment pouvoir assurer une vie de paix, d'entente et de prospérité ? », a-t-il demandé.
Mgr Raï a aussi déploré, dans son intervention au synode du 13 octobre 2010 (cf. Zenit du 15 octobre 2010), les divisions entre chrétiens et même catholiques au Liban en s'appuyant sur le n° 34 de l'Instrumentum Laboris: "Au Liban, les chrétiens sont divisés au plan politique et confessionnel et personne n'a un projet acceptable par tous".
Mgr Raï a commenté : « Il n'existe pas une division au plan confessionnel, mais une diversité d'Églises sui iuris catholiques, orthodoxes et évangéliques ayant chacune son propre patrimoine, liturgique, théologique, spirituel et disciplinaire. Il existe par contre une division sur le plan politique, qui ne touche pas l'essence mais les options stratégiques. »
« Quant à l'essence, a-t-il fait observer, les chrétiens sont d'accord autour des constantes nationales, définies dans le document dit "les constantes" publié par le Patriarcat Maronite le 6 décembre 2006, lequel a été accepté et signé par les chefs des partis politiques chrétiens. Ces constantes ont été développées dans un autre document paru en 2008 sous le titre: « Charte de l'action politique à la lumière de l'enseignement de l'Église et de la spécificité du Liban ». »
Au plan politique, il analysait la situation en ces termes : « Quant aux options politiques, la division des Chrétiens est centrée sur la stratégie relative à la protection desdites constantes et à la présence efficace et effective des chrétiens. Cette division est causée par les conditions politiques actuelles, tant internes que régionales et internationales. »
« Car il existe, a-t-il précisé, dans le monde arabe une forte division entre les sunnites et les chiites, apparente, sur le plan régional, dans la coalition, du côté sunnite, entre l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Jordanie, et du côté chiite entre l'Iran et la Syrie. Cette division s'est transformée en conflit sanglant entre les sunnites et les chiites en Irak. Sur le plan international, le conflit se situe entre les États-Unis et ses alliés en faveur des sunnites d'un côté, et l'Iran de l'autre à cause de ses ambitions régionales et de son programme nucléaire. »
Le futur patriarche a expliqué qu'au Liban, c'est dans le conflit politique entre les chiites et les sunnites que se situe la division des chrétiens. « Pour sauver le régime libanais et leur présence effective, une partie choisit l'alliance avec les sunnites, une autre avec les chiites et une troisième appelle à de bonnes relations avec les sunnites et les chiites et à ne pas se laisser entraîner dans la politique des axes régionaux et internationaux. »
Il concluait son analyse en disant : « Le projet politique acceptable par tous consiste à parfaire l'État civil, dont les éléments se trouvent dans les "Constantes", la "Charte de l'action politique" et la Constitution. C'est ce qui différencie le Liban des autres pays du Moyen-Orient, ayant tous de régimes religieux. »

Anita S. Bourdin

hilda.barhoum@wanadoo.fr

lundi, mars 07, 2011

UNE LIBANAISE A LA TÊTE DU CONSEIL DE SURVEILLANCE DE HARVARD

Leïla Fawaz et Robert Shapiro, présidente et vice-président du Conseil de surveillance de Harvard.

Une Libanaise à la tête du Conseil de surveillance de Harvard

C'est une première dans l'histoire de la prestigieuse Harvard University. La Libanaise Leïla (Tarazi) Fawaz, qui s'est taillée une solide réputation dans le monde universitaire fermé de Harvard, vient d'être élue présidente du Conseil de surveillance de la gouvernance de Harvard (Board of Overseers).

Leïla Fawaz sera présidente du Conseil de surveillance pour l'année 2011-2012. Robert N. Shapiro, ancien président de la Harvard Alumni Association et de la Harvard Law School Association, deviendra vice-président. Les deux assumeront leurs fonctions en mai après la remise des diplômes. C'est la plus haute distinction des organismes directeurs de cette université. Leïla Fawaz compte plus d'une corde à son arc : elle est directrice du Fares Center for Eastern Mediterranean Studies à Tufts University - un centre qu'elle a fondé -, professeur de diplomatie à la Fletcher School of Law and Diplomacy, qui compte de nombreux étudiants libanais, professeur d'histoire et spécialiste du Moyen-Orient. Elle prend aussi le temps de participer à d'autres associations universitaires.

À l'annonce de cette nomination, la réaction d'un éminent bienfaiteur et philanthrope de Harvard, qui lui a dépêché aussitôt un arrangement floral pour la féliciter, ne se fait pas attendre.

«Cette occasion est unique, assure-t-il. Cinquante ans plus tôt, on n'aurait jamais élu une femme à ce poste...Car une personne extérieure à l'établissement traditionnel aurait eu peu de chances de se faire élire présidente de cet organisme. »

Harvard, un monde d'excellence et de tradition


Créé en 1673 par le comité du collège à New Towne, par ordonnance de la Cour générale de la colonie de la baie de Massachusetts, le Conseil de surveillance date des premiers jours de Harvard. Il est le plus grand des deux conseils d'administration de Harvard, dont la Harvard Corporation groupant le président et les membres de l'université. « S'appuyant sur l'expérience diversifiée de ses membres, le Conseil exerce une influence générale sur les orientations stratégiques de Harvard, donne des conseils à la direction de l'université sur les priorités et plans, a le pouvoir de consentir à certaines actions de la Harvard Corporation et supervise le processus de visite par lequel les diverses écoles de Harvard et les services sont régulièrement revus et évalués », explique Leïla Fawaz lors d'une interview accordée à L'Orient-Le Jour. Motivée, enthousiaste et dynamique, Leïla Fawaz ne cache pas sa gratitude. Elle « s'attend à ce que les priorités du Conseil pour l'année prochaine soient définies dans les mois à venir. Nous allons réfléchir sur l'importance pour Harvard de s'impliquer dans un programme international de façon innovante à l'enseignement et à l'apprentissage applicable aux écoles et à l'université, ainsi que sur les plans académique et administratif », souligne-t-elle. Avec ses collègues du Conseil, elle espère soutenir la présidente Drew Faust et ses collègues « dans leurs efforts vigoureux pour s'adapter aux changements et à maintenir le statut de Harvard comme l'une des meilleures universités dans le monde ».

Une pensée « émue » pour le Liban

Quelle est la portée de cette nomination ? En livrant ses impressions, Leïla Fawaz a aussitôt une pensée émue pour son pays d'origine, son passé, son enfance et sa vie au Liban. « Au moment où se tenait la réunion des membres du comité de surveillance du dimanche 6 février pour élire les président et vice-président de ce comité pour l'année 2011-2012, et pendant que j'attendais à l'extérieur le résultat du vote, tout un pan de ma vie a défilé devant mes yeux : ma jeunesse au Liban, les étés passés à Dhour Choueir, ma vie insouciante à Beyrouth », dit-elle. « Et au moment où les applaudissements ont accueilli mon arrivée dans cette grande salle majestueuse toute garnie de portraits imposants, je me suis sentie envahie d'un immense honneur et de sa signification pour moi. Dire qu'une Libanaise vient d'être choisie comme présidente de l'un des deux conseils d'administration de la meilleure université au monde, qui sera chargée de diriger un groupe extrêmement brillant d'anciens élèves de Harvard composés d'universitaires, d'artistes, d'hommes d'affaires et de diplomates appartenant à un monde d'excellence et de tradition, me semblait incroyable », raconte-elle.
Et d'ajouter : « Il est évidemment plus facile de réussir dans ce cercle d'élite académique si l'on naît et grandit à Boston Brahma, ou si l'on appartient à une famille proéminente de la politique américaine, de la diplomatie, de l'université ou des affaires. Et je ne suis rien de tout cela ! » s'exclame-t-elle.

« Et pourtant personne ne me connaît au Liban »

Son impressionnant parcours est jalonné d'études et de réalisations qui lui ont valu les honneurs de ses pairs et contribué à sa réputation aux États-Unis. Ex-présidente de l'association Middle East Studies of North America et celle des anciens de l'AUB d'Amérique du Nord, Leïla Fawaz est aussi membre du prestigieux Council on Foreign Relations et du comité scientifique de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme à l'Université de Provence. Elle a siégé au conseil consultatif du Council for the International Exchange of Scholars et a présidé le Council's Fulbright Review Committee. Elle a été rédactrice en chef de la revue History and Society of the Modern Middle East (Histoire et société du Moyen-Orient moderne), publiée aux éditions Columbia University Press. Elle a enfin été rédactrice en chef de Middle East Studies in America, et du International Journal of Middle East Studies. Élue à la division professionnelle de l'American Historical Association, elle a également siégé au comité de rédaction de la American Historical Review. Mais, comme dit le proverbe, « nul n'est prophète en son pays ». Bien que très respectée et écoutée dans ce monde universitaire, Leïla Fawaz, qui a remporté de nombreux prix, reste méconnue au Liban. « Je dois beaucoup à mon excellente éducation aux Dames de Nazareth, au Collège protestant, et aussi à l'Université Saint-Joseph où j'ai passé une année, et à l'AUB », où elle a obtenu un BA en 1967 et un MA en 1972. Elle poursuit ensuite ses études d'histoire à Harvard University couronnées d'un AM en 1972, et obtient enfin en 1979 son PhD. Auteure de nombreux ouvrages, cette historienne spécialiste du Moyen-Orient publie son premier livre aux éditions Harvard University Press en 1984, paru pendant la guerre civile libanaise. « Je n'ai donc pas pu le traduire en arabe et en français », s'excuse-t-elle. « Mon second ouvrage a paru à la fin de la guerre. J'étais trop loin pour le publier en arabe et en français », dit-elle. « J'ai toujours regretté de ne les avoir pas publiés dans ces langues ainsi que les deux autres volumes que j'ai coédités au Liban. Car la reconnaissance de mon pays est importante et continue de l'être pour moi », ajoute-t-elle. Elle ajoute : « J'ai le sentiment que personne ne me connaît au Liban parce que ma carrière a pris son cours aux États-Unis. En Amérique, j'ai eu toute la reconnaissance que je pouvais espérer. Mais dans mon pays d'origine, personne ne me connaît professionnellement. ». Née Tarazi et établie à Boston, Leïla est mariée au Dr Karim Fawaz, gastro-entérologue et ex-champion de tennis pendant une dizaine d'années consécutives et représentant de la fameuse Davis Cup pour le Liban. Cette spécialiste du Moyen-Orient organise chaque année, dans le cadre du Fares Center for Eastern Mediterranean Studies à Tufts University, une conférence sur les enjeux actuels au Moyen-Orient et aux États-Unis. Devenue incontournable, cette conférence est le meilleur forum de discussions des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient. C'est donc en octobre prochain que la conférence se penchera sur la brûlante actualité de la mutation en cours dans la région.

Sylviane ZEHIL

hilda.barhoum@wanadoo.fr

dimanche, mars 06, 2011

MESSAGE DE BENOÎT XVI POUR LE CARÊME 2011

Message de Benoît XVI pour le Carême 2011

«Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui» (Cf. Col 2, 12)

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême, qui nous conduit à la célébration de la Pâques très Sainte, constitue pour l'Eglise un temps liturgique vraiment précieux et important. Aussi est-ce avec plaisir que je vous adresse ce message, afin que ce Carême puisse être vécu avec toute l'ardeur nécessaire. Dans l'attente de la rencontre définitive avec son Epoux lors de la Pâque éternelle, la Communauté ecclésiale intensifie son chemin de purification dans l'esprit, par une prière assidue et une charité active, afin de puiser avec plus d'abondance, dans le Mystère de la Rédemption, la vie nouvelle qui est dans le Christ Seigneur (cf. Préface I de Carême).

1. Cette vie nous a déjà été transmise le jour de notre Baptême lorsque, «devenus participants de la mort et de la résurrection du Christ», nous avons commencé «l'aventure joyeuse et exaltante du disciple» (Homélie en la Fête du Baptême du Seigneur, 10 janvier 2010). Dans ses épîtres, Saint Paul insiste à plusieurs reprises sur la communion toute particulière avec le Fils de Dieu, qui se réalise au moment de l'immersion dans les eaux baptismales. Le fait que le Baptême soit reçu le plus souvent en bas-âge, nous indique clairement qu'il est un don de Dieu: Nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces. La miséricorde de Dieu, qui efface le péché et nous donne de vivre notre existence avec «les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus» (Ph 2,5), est communiquée à l'homme gratuitement.

Dans sa lettre aux Philippiens, l'Apôtre des Gentils nous éclaire sur le sens de la transformation qui s'effectue par la participation à la mort et à la résurrection du Christ, en nous indiquant le but poursuivi: «le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts» (Ph 3, 10-11). Le Baptême n'est donc pas un rite du passé, il est la rencontre avec le Christ qui donne forme à l'existence toute entière du baptisé, lui transmet la vie divine et l'appelle à une conversion sincère, mue et soutenue par la Grâce, lui permettant ainsi de parvenir à la stature adulte du Christ.

Un lien spécifique unit le Baptême au Carême en tant que période favorable pour expérimenter la grâce qui sauve. Les Pères du Concile Vatican II ont lancé un appel à tous les Pasteurs de l'Eglise pour que soient «employés plus abondamment les éléments baptismaux de la liturgie quadragésimale» (Const. Sacrosanctum Concilium, 109). En effet, dès ses origines, l'Eglise a uni la Veillée Pascale et la célébration du Baptême: dans ce sacrement s'accomplit le grand Mystère où l'homme meurt au péché, devient participant de la vie nouvelle dans le Christ ressuscité, et reçoit ce même Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts (cf. Rm 8,11). Ce don gratuit doit être constamment ravivé en chacun de nous, et le Carême nous offre un parcours analogue à celui du catéchuménat qui, pour les chrétiens de l'Eglise primitive comme pour ceux d'aujourd'hui, est un lieu d'apprentissage indispensable de foi et de vie chrétienne: ils vivent vraiment leur Baptême comme un acte décisif pour toute leur existence.

2. Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur - qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l'année liturgique -, qu'est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n'est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C'est pourquoi l'Eglise, à travers les textes évangéliques proclamés lors des dimanches de Carême, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur, nous faisant parcourir à nouveau les étapes de l'initiation chrétienne: pour les catéchumènes en vue de recevoir le sacrement de la nouvelle naissance; pour ceux qui sont déjà baptisés, en vue d'opérer de nouveaux pas décisifs à la suite du Christ, dans un don plus plénier.

Le premier dimanche de l'itinéraire quadragésimal éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations qui inaugure le temps de sa mission, est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d'une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie (cf. Ordo Initiationis Christianae Adultorum, n. 25). C'est une invitation pressante à nous rappeler, à l'exemple du Christ et en union avec lui, que la foi chrétienne implique une lutte contre les «Puissances de ce monde de ténèbres» (Ep 6,12) où le démon est à l'œuvre et ne cesse, même de nos jours, de tenter tout homme qui veut s'approcher du Seigneur: le Christ sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre cœur à l'espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal.

L'évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l'homme. La communauté chrétienne découvre qu'à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite «dans un lieu à part, sur une haute montagne» (Mt 17,1) afin d'accueillir d'une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le» (v.5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l'esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. He 4,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

«Donne-moi à boire» (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de «l'eau jaillissant en vie éternelle» (v.14): C'est le don de l'Esprit Saint qui fait des chrétiens de «vrais adorateurs», capables de prier le Père «en esprit et en vérité» (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l'âme inquiète et insatisfaite «tant qu'elle ne repose en Dieu», selon la célèbre expression de saint Augustin.

Le dimanche de l'aveugle-né nous présente le Christ comme la lumière du monde. L'Evangile interpelle chacun de nous: «Crois-tu au Fils de l'homme?» «Oui, je crois Seigneur!» (Jn 9, 35-38), répond joyeusement l'aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l'homme de vivre en «enfant de lumière».

Lorsque l'évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: «Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu? » (Jn 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: «Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (v.27). La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l'obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l'espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l'homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l'histoire humaine, à l'existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l'économie. Privé de la lumière de la foi, l'univers entier périt, prisonnier d'un sépulcre sans avenir ni espérance.

Le parcours du Carême trouve son achèvement dans le Triduum Pascal, plus particulièrement dans la Grande Vigile de la Nuit Sainte: en renouvelant les promesses du Baptême, nous proclamons à nouveau que le Christ est le Seigneur de notre vie, de cette vie que Dieu nous a donnée lorsque nous sommes renés «de l'eau et de l'Esprit Saint», et nous réaffirmons notre ferme propos de correspondre à l'action de la Grâce pour être ses disciples.

3. Notre immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du Baptême, nous pousse chaque jour à libérer notre cœur du poids des choses matérielles, du lien égoïste avec la «terre», qui nous appauvrit et nous empêche d'être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. Dans le Christ, Dieu s'est révélé Amour (cf. 1 Jn 4,7-10). La Croix du Christ, le «langage de la Croix» manifeste la puissance salvifique de Dieu (cf. 1 Cor 1,18) qui se donne pour relever l'homme et le conduire au salut: il s'agit de la forme la plus radicale de l'amour (cf. Enc. Deus caritas est, 12). Par la pratique traditionnelle du jeûne, de l'aumône et de la prière, signes de notre volonté de conversion, le Carême nous apprend à vivre de façon toujours plus radicale l'amour du Christ. Le jeûne, qui peut avoir des motivations diverses, a pour le chrétien une signification profondément religieuse: en appauvrissant notre table, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l'amour; en acceptant la privation de quelque chose - qui ne soit pas seulement du superflu -, nous apprenons à détourner notre regard de notre «moi» pour découvrir Quelqu'un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n'a rien d'intimiste, mais ouvre tellement à Dieu et à la détresse des hommes; elle fait en sorte que l'amour pour Dieu devienne aussi amour pour le prochain (cf. Mc 12,31).

Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession, de l'amour de l'argent, qui s'oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. L'avidité de la possession engendre la violence, la prévarication et la mort; c'est pour cela que l'Eglise, spécialement en temps de Carême, appelle à la pratique de l'aumône, c'est à dire au partage. L'idolâtrie des biens, au contraire, non seulement nous sépare des autres mais vide la personne humaine en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant sans réaliser ce qu'elle lui promet, puisqu'elle substitue les biens matériels à Dieu, l'unique source de vie. Comment pourrions-nous donc comprendre la bonté paternelle de Dieu si notre cœur est plein de lui-même et de nos projets qui donnent l'illusion de pouvoir assurer notre avenir? La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole: «Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années...». Nous savons ce que répond le Seigneur: «Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme...» (Lc 19,19-20). La pratique de l'aumône nous ramène à la primauté de Dieu et à l'attention envers l'autre, elle nous fait découvrir à nouveau la bonté du Père et recevoir sa miséricorde.

Pendant toute la période du Carême, l'Eglise nous offre avec grande abondance la Parole de Dieu. En la méditant et en l'intériorisant pour l'incarner au quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse et irremplaçable. En effet l'écoute attentive de Dieu qui parle sans cesse à notre cœur, nourrit le chemin de foi que nous avons commencé le jour de notre Baptême. La prière nous permet également d'entrer dans une nouvelle perception du temps: Sans la perspective de l'éternité et de la transcendance, en effet, le temps n'est qu'une cadence qui rythme nos pas vers un horizon sans avenir. En priant, au contraire, nous prenons du temps pour Dieu, pour découvrir que ses «paroles ne passeront pas» (Mc 13,31), pour entrer en cette communion intime avec Lui «que personne ne pourra nous enlever» (cf. Jn 16,22), qui nous ouvre à l'espérance qui ne déçoit pas, à la vie éternelle.

En résumé, le parcours du Carême, où nous sommes invités à contempler le mystère de la Croix, consiste à nous rendre «conformes au Christ dans sa mort» (Ph 3,10), pour opérer une profonde conversion de notre vie: nous laisser transformer par l'action de l'Esprit Saint, comme saint Paul sur le chemin de Damas; mener fermement notre existence selon la volonté de Dieu; nous libérer de notre égoïsme en dépassant l'instinct de domination des autres et en nous ouvrant à la charité du Christ. La période du Carême est un temps favorable pour reconnaître notre fragilité, pour accueillir, à travers une sincère révision de vie, la Grâce rénovatrice du Sacrement de Pénitence et marcher résolument vers le Christ.

Chers Frères et Sœurs, par la rencontre personnelle avec notre Rédempteur et par la pratique du jeûne, de l'aumône et de la prière, le chemin de conversion vers Pâques nous conduit à découvrir d'une façon nouvelle notre Baptême. Accueillons à nouveau, en ce temps de Carême, la Grâce que Dieu nous a donnée au moment de notre Baptême, afin qu'elle illumine et guide toutes nos actions. Ce que ce Sacrement signifie et réalise, nous sommes appelés à le vivre jour après jour, en suivant le Christ avec toujours plus de générosité et d'authenticité. En ce cheminement, nous nous confions à la Vierge Marie qui a enfanté le Verbe de Dieu dans sa foi et dans sa chair, pour nous plonger comme Elle dans la mort et la résurrection de son Fils Jésus et avoir la vie éternelle.

Du Vatican, le 4 novembre 2010

BENEDICTUS PP. XVI

hilda.barhoum@wanadoo.fr

mercredi, mars 02, 2011

UN HOMME LIBRE

Un homme libre

En toute liberté

Nous sommes quelques-uns à continuer à croire à la noblesse humaine, à l'élévation de l'âme, au désintéressement. Quelques-uns à croire que la politique peut être le grand art de l'intérêt public, et non les sordides calculs d'un homme assoiffé de pouvoir. C'est pourquoi il nous faut faire le procès de la conduite et des termes dans lesquels certains perçoivent la démarche qui a conduit le patriarche Sfeir à se trouver un successeur de son vivant. Ceux qui pensent que c'est « le Vatican » qui a poussé le patriarche vers la porte de sortie. Ceux qui pensent que le patriarche a été la victime d'une intrigue nouée par ses pairs. Tous sentiments de petitesse auxquels on cherche à réduire ce que Benoît XVI décrit, dans sa lettre au patriarche, comme un geste magnanime, un signe d'humilité véritable.
« Je n'ai pas demandé à être déchargé de mon service pastoral pour que ma demande ne soit pas acceptée », a dit dimanche, à son retour de Rome, le patriarche assailli par les curieux, les incrédules, et ceux qui sont friands d'un « morceau de vie » comme un chien d'un morceau de viande saignante.
Finalement, c'est le visage d'un homme libre qui nous est revenu de Rome. Libre non de ses charges pastorales mais surtout libre de ses décisions. Libre dans la douleur, libre sous le poids des contradictions. Libre sous le poids de la croix, à l'image de celui qui l'a appelé, justifié et glorifié, fut-ce sous l'image du

« serviteur souffrant ». Non que cette exaltation l'enivre. Nous sommes en présence d'un homme toujours simple, pragmatique, souriant, aimant le bon mot. D'un homme de grande mémoire qui sera toujours la conscience de nos années de guerre.
Fady Noun

dimanche, février 27, 2011

"LE PATRIARCHE QUI N'A COURBE SA TÊTE QUE DEVANT DIEU"

"De toute façon, je reste avec vous et supporterai ce que vous supportez. Si vous traversez des jours heureux, je serai heureux avec vous", c'est avec ces mots que Mgr Sfeir avait choisi de mettre un terme à sa mission, aspirant au "repos éternel..."

Le pape accepte la démission de Nasrallah Sfeir, "le patriarche qui n'a courbé sa tête que devant Dieu"

Avec beaucoup de tristesse, les chrétiens libanais, et surtout les maronites d'entre eux, ont appris hier que le pape Benoît XVI avait accepté la démission que lui avait presentée il y a de longs mois le patriarche Nasrallah Sfeir. En effet, c'est au lendemain d'une réunion cruciale entre le souverain pontife et Mgr Sfeir vendredi, à Rome, que le Saint-Père a exaucé le vœu du père de l'Église maronite en lui adressant une lettre dans laquelle il acceptait sa démission.

Le patriarche Sfeir, qui a franchi le seuil de 90 ans, avait lucidement fait face à la réalité en formulant par écrit, dans un mot adressé au pape, il y a quelques mois, le souhait de se démettre de ses charges patriarcales au bénéfice d'un homme moins exposé aux aléas de l'âge. Sfeir avait observé que "tout a une fin". "J'ai fait tout ce qui est en mon pouvoir, mais j'ai aujourd'hui 90 ans et je dois penser à mon repos éternel avant tout autre chose. C'est pourquoi j'ai trouvé opportun de présenter ma démission à Sa Sainteté le pape Benoît XVI". C'est par ces mots dignes que Mgr Sfeir avait expliqué, quelques semaines plus tôt, les raisons derrière sa décision, mettant ainsi un terme aux spéculations et à la "politisation" de sa requête. Commentant la décision, un haut dignitaire maronite a exprimé sa tristesse en soulignant que "le patriarche Nasrallah Sfeir n'avait courbé la tête que devant son Dieu et a vécu les 25 ans qu'il a passés à la tête de l'Église maronite à défendre sa communauté ainsi que le Liban face aux dangers multiples auxquels notre pays fait face".
Conformément aux règles de la courtoisie les plus élémentaires, le patriarche a reçu une lettre du Saint-Père dans laquelle il lui faisait part de son intention d'accepter sa démission. Cette lettre, dans le même temps, a été publiée dans "L'Osservatore Romano", l'organe officiel du Vatican.

"L'année consacrée au mille-six-centième anniversaire de la mort de Saint Maron arrive à sa conclusion: un temps de grâce a été accordé à l'Église Maronite pendant ce jubilé exceptionnel. C'est aussi le couronnement de votre service pour la plus grande gloire de Dieu et le bien de tous ses fidèles (...)Vous avez pu fêter l'an dernier soixante ans de sacerdoce: preuve de fidélité et d'amour pour Jésus-Christ, le Souverain Prêtre. En juillet prochain, vous aurez de nouveau l'occasion d'élever une action de grâce à la Trinité Sainte pour l'accomplissement de cinquante ans d'épiscopat.

Pendant presque vingt-cinq ans, vous avez collaboré avec vos deux prédécesseurs sur le Siège d'Antioche, avant d'être choisi par le Synode pour leur succéder le 19 avril 1986: un moment décisif qui vous place aujourd'hui au seuil de votre jubilé d'argent dans cette charge.

Vous avez commencé ce noble ministère de Patriarche d'Antioche des Maronites dans la tourmente de la guerre qui a ensanglanté le Liban pendant de trop longues années. C'est avec l'ardent désir de la paix pour votre pays que vous avez conduit cette Eglise et sillonné le monde pour consoler votre peuple contraint à l'émigration. La paix enfin est revenue, toujours fragile, mais toujours actuelle (...) Ces derniers jours j'ai béni la statue de Saint Maron placée auprès de la Basilique Saint-Pierre à la fin de l'année jubilaire et j'ai pu vous saluer ainsi que le Président de la République Libanaise et de nombreux Evêques et fidèles.

Vous avez choisi de renoncer à la charge de Patriarche d'Antioche des Maronites en cette circonstance très particulière. Maintenant, j'accueille votre décision libre et magnanime qui est l'expression d'une grande humilité et d'un profond détachement. Je suis sûr que vous accompagnerez toujours le chemin de l'Église Maronite par la prière, le sage conseil et les sacrifices.
Je demande à Dieu Tout-Puissant, par l'intercession de Saint Maron et de Notre-Dame du Liban, de vous combler de ses bienfaits. De grand cœur, je vous adresse la Bénédiction Apostolique ainsi qu'aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles de l'Église Maronite, et à la bien-aimée Nation Libanaise!"


(Extraits de la lettre du pape Benoît XVI au patriarche Sfeir, tirée de "L'Osservatore Romano", le quotidien publié par le service officiel d'information du Vatican, et signée le 26 février 2011.)

Le patriarche en quelques lignes...

Né à Rayfoun au Liban le 15 mai 1920. Il suit sa formation au séminaire maronite de Ghazir au Liban et à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est ordonné prêtre maronite le 7 mai 1950 par le cardinal Pierre-Paul Méouchi. Il exerce son ministère à la paroisse de Rayfoun et auprès du patriarche maronite comme secrétaire. Nommé évêque auxiliaire maronite d'Antioche le 19 juin 1961, il est consacré le 16 juillet suivant. Il est élu Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient pour l'Église Maronite le 19 avril 1986 suite à la démission du cardinal Antoine Khoraiche et est effectivement consacré le 27 avril 1986. Il a été nommé cardinal de l'Église catholique par le pape Jean-Paul II lors du consistoire du 26 novembre 1994.
Patriarche des maronites d'Antioche et de tout l'Orient, il est également une importante personnalité politique du Liban.
Lors de la crise présidentielle libanaise de 2007-2008, il a tenté une conciliation entre les parties opposées ; à une occasion il a rencontré le président Bush pour résoudre le conflit. Aussi, après la nomination de Michel Sleiman, il fit un voyage en Australie où il fut reçu avec les dignités de chef d'État. Il a participé en 2008 aux journées mondiales de la jeunesse en Australie et a été accueilli dans un stade de Parramatta devant 20 000 personnes.
Il est le 3e cardinal maronite et le 76e patriarche de l'Église maronite.
Pour la Curie romaine, il est membre de la Congrégation pour les Églises orientales.

Source :L'Orient Le Jour

hilda.barhoum@wanadoo.fr

samedi, février 26, 2011

LETTRE DE BENOÎT XVI A SA BEATITUDE LE CARDINAL NASRALLAH PIERRE SFEIR

Lettre de Benoît XVI à Sa Béatitude le Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir

Le 26 février 2011 - E. S. M. - Le pape Benoit XVI a reçu hier en audience le Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir, Patriarche maronite d'Antioche.
Aujourd'hui le Vatican publie la lettre que le Saint-Père a adressé à Sa Béatitude le Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir au moment où il a accepté son renoncement au ministère de Patriarche d'Antioche des Maronites:

A Sa Béatitude Éminentissime
le Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir
Patriarche d’Antioche des Maronites

L’année consacrée au mille-six-centième anniversaire de la mort de Saint Maron arrive à sa conclusion: un temps de grâce a été accordé à l’Église Maronite pendant ce jubilé exceptionnel. C’est aussi le couronnement de votre service pour la plus grande gloire de Dieu et le bien de tous ses fidèles.
Dieu dans son amour insondable vous a façonné et marqué de sa trace indélébile pour une élection particulière à son service. Ce choix secret a trouvé sa correspondance dans votre réponse libre et enthousiaste à l’exemple de la Mère de Dieu: "Qu’il m’advienne selon ta parole!" (Lc 1, 38).
Vous avez pu fêter l’an dernier soixante ans de sacerdoce: preuve de fidélité et d’amour pour Jésus-Christ, le Souverain Prêtre. En juillet prochain, vous aurez de nouveau l’occasion d’élever une action de grâce à la Trinité Sainte pour l’accomplissement de cinquante ans d’épiscopat.
Pendant presque vingt-cinq ans, vous avez collaboré avec vos deux prédécesseurs sur le Siège d’Antioche, avant d’être choisi par le Synode pour leur succéder le 19 avril 1986: un moment décisif qui vous place aujourd’hui au seuil de votre jubilé d’argent dans cette charge.
Vous avez commencé ce noble ministère de Patriarche d’Antioche des Maronites dans la tourmente de la guerre qui a ensanglanté le Liban pendant de trop longues années. C’est avec l’ardent désir de la paix pour votre pays que vous avez conduit cette Eglise et sillonné le monde pour consoler votre peuple contraint à l’émigration. La paix enfin est revenue, toujours fragile, mais toujours actuelle.
Le Pape Jean-Paul II, que j’aurai la joie de proclamer Bienheureux le 1er mai prochain, vous a appelé à devenir membre du Collège des Cardinaux, le 26 novembre 1994, pour vous insérer dans une communion plus profonde avec l’Eglise Universelle. La venue de mon vénérable
Prédécesseur à Beyrouth, en 1997, pour signer l’Exhortation Apostolique post-synodale: Une espérance nouvelle pour le Liban, a marqué de nouveau le lien constant de Votre Église avec le Successeur de Pierre.
Lorsque j’ai convoqué le Synode extraordinaire pour le Moyen-Orient en septembre 2009, je vous ai nommé Président délégué ad honorem pour souligner la valeur du service ecclésial que vous avez accompli au nom du Christ.
Ces derniers jours j’ai béni la statue de Saint Maron placée auprès de la Basilique Saint Pierre à la fin de l’année jubilaire et j’ai pu vous saluer ainsi que le Président de la République Libanaise et de nombreux Evêques et fidèles.
Vous avez choisi de renoncer à la charge de Patriarche d’Antioche des Maronites en cette circonstance très particulière. Maintenant, j’accueille votre décision libre et magnanime qui est l’expression d’une grande humilité et d’un profond détachement. Je suis sûr que vous accompagnerez toujours le chemin de l’Église Maronite par la prière, le sage conseil et les sacrifices.
Je demande à Dieu Tout-Puissant, par l’intercession de Saint Maron et de Notre-Dame du Liban, de vous combler de ses bienfaits. De grand cœur, je vous adresse la Bénédiction Apostolique ainsi qu’aux évêques, aux prêtres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles de l’Église Maronite, et à la bien-aimée Nation Libanaise!

Au Vatican, le 26 février 2011.
BENEDICTUS PP XVI


hilda.barhoum@wanadoo.fr